Arrêt de Fessenheim et avancée de la ligne de train Colmar Freiburg - la réaction de Brigitte Klinkert

Publié le
mar, 30/06/2020 - 18:45
« Pour l’instant, l’État n’est pas au rendez-vous de la transition énergétique »

Plus qu’un symbole : c’est ce mardi 30 juin, le jour même de l’arrêt du deuxième réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim qu’est signée, par l’ensemble des partenaires français et allemands, la convention de financement d’une nouvelle phase d’étude pour la réouverture de la ligne de train entre Colmar et Freiburg.

Il est des liens qui se renforcent dans des moments charnières. Dans le Rhin supérieur, le lien franco-allemand est de ceux-là. En témoigne la signature conjointe de cette convention de financement, pour des études pré-opérationnelles de 3,5M€ sur deux ans. Un lien d’autant plus fort que cette coopération entre français et allemands doit répondre à deux préoccupations majeures : l’environnement, en renforçant les mobilités durables, mais également la qualité de vie de ses habitants, en renforçant l’accessibilité et l’attractivité du territoire.

Une étape décisive pour le territoire

Avec la mise en œuvre de la nouvelle ligne ferrée, nous répondons aux besoins de ce moment historique. Cette étape décisive, tout comme les autres projets en cours sur le territoire de Fessenheim (la création de la SEM franco-allemande pour l’implantation d’entreprises, la concrétisation des appels d’offres pour le déploiement du photovoltaïque…), sont porteurs de sens, et donc des signes positifs envoyés au territoire. Avec le soutien des partenaires locaux, c’est pour moi une vraie satisfaction d’aider à leur réalisation. 

Toutefois, ces avancées ne doivent pas cacher le long chemin qui reste à parcourir pour parvenir à être véritablement à la hauteur des enjeux sociaux, économiques et environnementaux du projet de transition du territoire de Fessenheim. 

Prendre en compte les vies chamboulées

Or, pour l’heure, le compte n’y est pas. L’État n’est pas au rendez-vous de la transition du territoire. Je le regrette. 

Aujourd’hui, je le mets donc face à ses responsabilités : alors que le deuxième réacteur est coupé du réseau depuis cette nuit, et qu’un processus de démantèlement s’engage pour les 15 prochaines années, l’État a le devoir de ne pas oublier Fessenheim. Il a l’obligation d’intensifier ses engagements pour la réussite du processus de transition énergétique et économique du territoire..

En effet, l’État doit nous accompagner pour compenser les conséquences de cette fermeture, et notamment les pertes de milliers d’emploi. L’État n’a d’autre choix que de prendre en considération toutes ces vies chamboulées : celles des salariés, des sous-traitants, des commerçants, des familles… Les vies de celles et ceux qui, pendant 40 ans, ont été les tout premiers soutiens du projet industriel nucléaire français. En outre, Fessenheim doit servir d’exemple et de modèle pour permettre à l’État d’envisager sereinement et dans le respect des territoires concernés la fermeture d’autres réacteurs en France dans les prochaines années.

Inscrire la France dans la transition énergétique

Je demande ainsi à l’État d’engager des moyens financiers à la hauteur de l’urgence sociale, économique et environnementale du bassin d’activités et de vie qu’est Fessenheim. C’est pour la France une chance inouïe, un rendez-vous à ne pas manquer : C’est l’occasion d’inscrire la France dans la transition énergétique. En passant par le local. En misant sur des projets concrets et puissants. 

Par son emplacement, ici plus qu’ailleurs se dessine l’avenir énergétique du pays mais aussi de l’Europe. L’État doit donc faire de Fessenheim un symbole et réussite de coopération transfrontalière et de transition énergétique et économique exemplaire. Un projet qui fait sens à l’échelle du Rhin supérieur, un projet qui répond à notre partenariat historique avec l’Allemagne, un projet qui concerne, finalement, tous les citoyens européens. 

Green deal européen 

C’est aussi là l’objectif du projet porté par l’Université EUCOR, le Campus européen regroupant cinq universités des trois pays du bassin rhénan. Je soutiens leur travail : depuis plusieurs mois, elles développent ensemble un concept global pour faire de Fessenheim un territoire de pointe dans le domaine de l’énergie. Divers projets alliant recherche et industrie sont à l’étude autour de l’hydrogène, du stockage d’énergie, du recyclage de batterie notamment. Ces projets conçus dans une logique transfrontalière s’inscrivent dans les objectifs du « green deal » de la Commission européenne et des financements européens pourront accélérer leur concrétisation.

Qui dit financements, dit également fiscalité. A ce sujet, le Conseil départemental du Haut-Rhin apporte tout son soutien à la commune de Fessenheim et à la Communauté de Communes Pays Rhin-Brisach pour la neutralisation de leur participation au FNGIR, le fonds national de garantie individuelle des ressources dans les finances des communes. Il est plus que jamais nécessaire que les pertes fiscales soient compensées pour toutes les collectivités, dont le département, qui perd avec la fermeture 3,5M€ de recettes fiscales. 

Malgré cela, le Conseil départemental du Haut-Rhin a pris ses responsabilités pour accompagner la reconversion du territoire : Nous avons d’ores et déjà réservé une enveloppe de près de 56 M€ d’investissements à cette fin. Les Haut-Rhinois et les Alsaciens peuvent compter sur le département, et sur la future Collectivité européenne d’Alsace pour s’inscrire dans une dynamique économique et énergétique nouvelle. Ainsi, nous serons à la hauteur du plus grand défi que notre territoire ait connu ces dernières décennies.