Plénière du 4.02, Discours de Brigitte Klinkert

Publié le
lun, 04/02/2019 - 14:45
"Nous posons aujourd’hui la pierre fondatrice de l’Alsace de l’audace, de l’Alsace de la proximité, de l’Alsace de la solidarité, de l’Alsace de la créativité. Une Alsace dont l’ensemble des Français pourront être fiers. Un territoire qui donne à l’ensemble de ses habitants et notamment à sa jeunesse, des racines, mais aussi des ailes. Des raisons d’espérer et des opportunités à saisir." Lire ci-dessous l'intégralité du discours de Brigitte Klinkert.

 

DISCOURS DE BRIGITTE KLINKERT
 

 OUVERTURE DE LA SEANCE SUR LA COLLECTIVITE EUROPEENNE D’ALSACE

 

Lundi 4 Février 2019 - Colmar

Mesdames les Conseillères départementales,

Messieurs les Conseillers départementaux,

Mesdames, Messieurs ;

 

Vous imaginez l’émotion avec laquelle je m’exprime devant vous toutes et tous aujourd’hui à l’occasion de cette séance publique et solennelle qui marquera l’Histoire de l’Alsace. Je ressens l’émotion du chemin parcouru et celle du chemin qu’il reste à parcourir. Je ressens l’émotion que l’on peut éprouver lorsque l’on a le sentiment de participer à quelque chose qui dépasse le simple cours de nos vies. Je ressens l’émotion unique des aventures collectives comme celles que nous avons menées depuis deux ans pour notre belle et chère Alsace.

 

3 Février 2017 : séance commune des Conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pour adopter une motion commune en faveur de la renaissance de l’Alsace.

3 Février 2018 : lettre de mission du Premier Ministre au Préfet MARX et lancement de « Cap vers l’Alsace ».

4 Février 2019 : séance solennelle des Conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pour poser la fondation juridique de la Collectivité Européenne d’Alsace.

Avec une régularité déconcertante, nous avons su avancer, surmonter les scepticismes et les difficultés, et répondre présents à chacun des rendez-vous de l’Alsace. Et vous comprendrez qu’à cet instant, je veux avoir une pensée pour nos collègues bas-rhinois qui ont voté ce matin. Car c’est bien l’union indéfectible et inédite de nos deux collectivités qui nous a permis d’avancer et de construire. Cette union, nous devrons la préserver et l’amplifier jusqu’à la dernière seconde jusqu’au 1er janvier 2021, et en faire une ligne de conduite une fois la nouvelle collectivité née.

Si vous me permettez une métaphore heureuse, avec les Accords de Matignon du 29 Octobre ont eu lieu nos fiançailles, avec notre séance d’aujourd’hui sont publiés les bans, avec l’adoption de la loi Alsace sera célébré le mariage, et le 1er janvier 2021, nous célébrerons la naissance de l’Alsace née du rapprochement du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. En effet, nous ne sommes pas réunis pour une simple fusion de Départements, nous ne sommes pas réunis pour faire disparaître le Haut-Rhin et le Bas-Rhin auxquels nos concitoyens sont attachés.

Comme en Corse, demain, la Collectivité Européenne d’Alsace sera une collectivité unique, au lieu de deux aujourd’hui, qui recouvrira le territoire des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin et de leurs deux Préfectures. Ce sera une collectivité inédite en France, dotée de compétences particulières et spécifiques.

Ces compétences, ce seront dans un premier temps celles de l’Accord de Matignon, puis des compétences complémentaires qui pourront être obtenues au cours du temps, notamment à travers la réforme de la constitution et la différenciation territoriale.

Concernant le premier bloc de compétences de l’Accord de Matignon, un certain nombre d'entre elles seront attribuées par la loi Alsace qui sera présentée au Conseil des Ministres et au Parlement d’ici quelques semaines. Il s’agit notamment du transfrontalier, du bilinguisme, du tourisme et du transfert des routes nationales non concédées, des piliers du projet. Les autres compétences sont toutes réunies dans un protocole de mise en œuvre que nous finalisons actuellement avec le Gouvernement. L’ensemble des compétences seront opérationnelles au 1er janvier 2021 au plus tard, puisque certaines compétences, notamment en matière de tourisme, seront mises en œuvre dès 2019 ou début 2020.

Les mêmes qui nous expliquaient il y a deux ans que nous devrions renoncer car nous n’obtiendrions rien, nous expliquent aujourd’hui que nous n’obtenons pas assez. Je tiens à appeler qu’en 2017 l’Alsace était devenue un souvenir. En février 2019 elle est à nouveau une réalité. Si nous n’avions pas obtenu la renaissance de l’Alsace durant ce quinquennat je vous assure que la situation aurait été irréversible et irrémédiable. Qui d’entre nous pouvait prendre la responsabilité d’acter la disparition définitive de l’Alsace ? Comme l’a écrit Albert SCHWEITZER : « L’idéal est pour nous ce qu’est une étoile pour le marin. Il ne peut être atteint dans l’immédiat mais il demeure un guide ».

Nous avons pris nos responsabilités, notre bâton de pèlerin et mené un combat de chaque instant pour rendre à notre Alsace ses couleurs, son nom, sa dignité, sa place sur les cartes de France, les moyens de son rayonnement et de son épanouissement au service de ses habitants et de la France. La Collectivité Européenne d’Alsace fait l’admiration et des envieux dans la France entière et enthousiasme nos voisins rhénans. Nous devons en avoir conscience. Bien sûr qu’elle sera perfectible et évoluera avec le temps, mais rien ne serait envisageable sans son existence.

Et le retour de l’Alsace a déjà commencé à porter ses fruits, puisqu’il ne vous aura pas échappé que son nouveau statut de leader transfrontalier et le lobbying que nous avons mené de façon acharnée, nous a permis d’être au premier rang de la signature d’Aix-la-Chapelle et d’obtenir que l’annexe du Traité liste parmi son agenda prioritaire des projets stratégiques pour l’Alsace : la liaison ferroviaire Colmar-Freiburg et la reconstruction du pont sur le Rhin ; la stratégie franco-allemande pour l’après-Fessenheim, les liaisons Strasbourg – Palatinat et Haguenau-Rastatt.

Nous avons su incarner le refus du statu quo, nous avons su faire taire la fatalité en ayant à chaque instant l’intérêt des Alsaciens chevillé au cœur et au corps. L’Alsace avait disparue, elle va renaitre. L’Alsace était niée dans ses particularités, elles sont reconnues. L’Alsace n’avait plus de moyens d’actions, elle obtient des compétences spécifiques et particulières inédites dans la République.

Et je veux à cet instant rendre hommage à l’ensemble des citoyens, des associations, des élus locaux qui se sont mobilisés à nos côtés avec passion et ténacité, pour nous aider à réussir ce projet. C’est avec eux que nous devrons construire la Collectivité Européenne d’Alsace au cours des deux prochaines années pour que demain, cette collectivité soit aussi un modèle de proximité et d’association des citoyens à l’action publique.

Le travail n’est pas fini, au contraire, il commence. Nous avons maintenant 2 ans pour construire cette collectivité. Dans les prochaines semaines, nous devrons travailler étroitement avec l’ensemble des parlementaires pour permettre l’adoption de la loi Alsace au Parlement. Nous continuons le travail avec le Gouvernement. Nous intensifions chaque jour le travail avec le Bas-Rhin pour organiser notre rapprochement dans l’intérêt des Alsaciens, dans la sobriété et dans le respect et la considération de l’ensemble des agents de nos deux collectivités que je veux aussi remercier.

L’Alsace sera riche de ses agents, de ses territoires, de ses élus, de ses collectivités, de ses entreprises, de ses voisins, et bien sûr, de chaque Alsacienne et de chaque Alsacien. Elle devra être un révélateur de talent, un soutien pour tous ceux qui en ont besoin, un laboratoire d’Europe et d’innovation. C’est dans notre tradition humaniste et rhénane d’être aux avant-postes des évolutions du monde, en plaçant toujours l’Humain au cœur de tout. Cet humanisme moderne, nous aurons à le porter et l’insuffler.

Nous posons aujourd’hui la pierre fondatrice de l’Alsace de l’audace, de l’Alsace de la proximité, de l’Alsace de la solidarité, de l’Alsace de la créativité. Une Alsace dont l’ensemble des Français pourront être fiers. Un territoire qui donne à l’ensemble de ses habitants et notamment à sa jeunesse, des racines, mais aussi des ailes. Des raisons d’espérer et des opportunités à saisir.

Oui les objectifs sont ambitieux, oui le chemin à parcourir est encore long. Mais chaque voyage commence par un pas et ce pas, nous le faisons avec enthousiasme et détermination. C’est pour cela que je souhaite terminer avec ces paroles fortes du 1er Prix Nobel de la Paix, Henri DUNANT : « Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent ».

Vive l’Alsace, vive l’Europe, vive la République et vive la France.