"Plus jamais ça !" : A Colmar, Le réseau de la MOT dresse un premier bilan de la crise dans les territoires transfrontaliers

Publié le
jeu, 10/09/2020 - 17:45
Le réseau de la Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) s’est réuni à Colmar les 8 et 9 septembre, à l’invitation du Département du Haut-Rhin. Au programme : retours d'expérience sur les mois passés, groupes de travail, conférences sur la "coopération transfrontalière : Impacts du Covid-19" ou sur le "projet du post-Fessenheim", et élection de son nouveau président, Christian Dupessey, maire d’Annemasse.

Pour Christian Dupessey, le maire d'Annemasse élu nouveau Président, "c’est un grand honneur de devenir Président de la MOT, à la suite de Roland Ries, Pierre Mauroy, Michel Delebarre, et Robert Herrmann, grands militants de la cause transfrontalière et européenne. Je me situe résolument dans leur sillage"

Robert Herrmann, ancien président de l’Eurométropole de Strasbourg, n’a pas caché son émotion de passer le relai sur cette frontière qui lui est chère : "Cette année a été marquée par une crise inédite, révélant les interdépendance de nos territoires. Nous devons partir du territoire, de celles et ceux qui vivent cette Europe au quotidien pour la faire avancer".

Pendant deux jours, les acteurs des territoires transfrontaliers issus de l’ensemble des frontières françaises, présents physiquement ou à distance, ont pu échanger leurs expériences lors de groupes de travail et d’une conférence "Coopération transfrontalière : impacts du Covid-19". Ayant vécu une crise sanitaire sans précédent, accompagnée d’une fermeture souvent brutale de leur frontière, ils ont tous mis en avant "le choc" subi et "l’urgence" d’organiser une meilleure coordination entre les acteurs sur les questions transfrontalières.

115 jours avant la CeA

Rémy With, président du Conseil départemental du Haut-Rhin, a rappelé le compte à rebours (115 jours) avant la fusion de son département avec le celui du Bas-Rhin pour constituer la nouvelle Collectivité européenne d’Alsace: un projet qui place la coopération transfrontalière et l’engagement européen au cœur de son dispositif.

Brigitte Klinkert, première vice-présidente du Département du Haut-Rhin en charge du transfrontalier et viceprésidente de la MOT, par ailleurs ministre déléguée auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, chargée de l'insertion, a réaffirmé son attachement à ce projet pionnier et a souligné l’importance du rôle de la MOT pour accompagner les collectivités locales dans l'ouverture nécessaire avec leurs voisins.

Selon Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, les territoires transfrontaliers sont les laboratoires du projet de loi 3D, "que je défends depuis plusieurs mois, ouvrant la voie à l'expérimentation et à la différentiation". "Ces territoires seront au rendez-vous de la relance, ils en seront même les initiateurs et les figures de proue. Aujourd’hui je sais pouvoir compter pleinement sur la MOT pour nous appuyer dans ces innovations".

Des réponses européennes "importantes"

Anne Sander, députée européenne, vice-présidente de la MOT, a souligné l’engagement du Parlement européen pour soutenir la coopération transfrontalière. "Le bilan Covid est lourd en Europe, les régions frontalières ont beaucoup souffert et le premier réflexe des Etats a été de fermer leurs frontières. Les réponses européennes - notamment en matière de financement - ont été importantes mais peu relayées par les médias. Nous travaillons avec la MOT pour tirer le bilan des difficultés rencontrées dans les espaces frontaliers, engager des actions pour les soutenir et créer un mécanisme plus intelligent pour coordonner les frontières."

Michèle Sengelen-Chiodetti, adjointe au Maire de Colmar, a témoigné des initiatives solidaires qui ont été mises en place, malgré une situation chaotique sur le territoire, rappelant la prise en charge par l’Allemagne de patients: une ouverture de la frontière qui a été "salvatrice" pour notre territoire : "ces ponts sanitaires ont été rendus possibles grâce aux bonnes relations que nous entretenons avec nos amis allemands".

Dr. Frank Mentrup, maire de Karlsruhe, membre du Bureau de l’Eurodistrict PAMINA, a souligné que l’Allemagne a eu le temps de mieux se préparer face à la crise, mais la fermeture de la frontière a eu des conséquences dramatiques, citant l’exemple de l’entreprise Michelin à Karlsruhe qui emploie environ 45% de travailleurs venus d’Alsace. Pascale Schmidiger, maire de Saint-Louis, a regretté les grandes difficultés rencontrées notamment dans la transmission des informations, très préjudiciable quand il faut agir à l'échelle d'un bassin de vie binational.

"Plus jamais ça !"

Claudine Ganter, conseillère régionale de la Région Grand Est, a elle aussi souligné les tensions, le repli sur soi, et les grandes difficultés des travailleurs frontaliers (certains trajets quotidiens passant de 20 minutes à plus de 2h). "Plus jamais ça !", se sont accordés tous les participants. "Malgré le 'choc', la coopération a été essentielle, à l’image de la cellule de contact franco-allemande qui s’est réunie au quotidien pour agir auprès des citoyens", a ajouté Claudine Ganter.

Dr. Klaus Schüle, directeur du service de la coopération transfrontalière et des affaires étrangères, du Regierungspräsidium Freiburg du Land Bade Wurtemberg, d’ajouter : "nous devons faire front commun face à une telle crise. L’Europe se matérialise dans des flux permanents, rendus tangibles par la crise. Les populations ont été trop durement mises à l’épreuve. Rien n’est plus important que l’amitié et la solidarité entre nos peuples et nos régions. Le traité d’Aix-la-Chapelle nous a été utile, il nous montre le chemin."

Un secrétariat transfrontalier de gestion de crise ?

Laurence Boetti-Forestier, conseillère régionale de la Région Sud, a apporté le témoignage de la frontière francoitalienne, elle aussi durement touchée, mais qui, contrairement à la frontière franco-allemande, n'est pas dotée de structure de gouvernance. C'est pourquoi la Région réfléchit, avec le soutien de la MOT, à la mise en place d'une gouvernance transfrontalière, et d'un secrétariat transfrontalier de gestion de crise. En conclusion des débats, Christian Dupessey a souligné que la crise a "renforcé le sentiment d’appartenance des citoyens à leur territoire transfrontalier".

"Au-delà du lien économique très fort qui nous relie, nous avons redécouvert ce lien de vie auquel nous sommes si attachés. Aujourd’hui, notre besoin sur les territoires est de pouvoir passer plus facilement à l’échelon national et européen pour résoudre les obstacles que nous rencontrons. C’est l’utilité de la MOT, le sens de notre travail et de "l’Alliance européenne pour les citoyens transfrontaliers" que nous proposons. Je rappellerai pour finir ces quelques mots de Jean Monnet ‘l’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées dans ces crises’. Je vous donne rendez-vous les 9 et 10 novembre à Paris pour le 1er Borders forum."