Séance Pénière du Conseil départemental du Haut-Rhin : le discours de Brigitte Klinkert

Publié le
ven, 24/04/2020 - 09:00
A l'occasion d'une séance qui s'est déroulée à huis clos, en visioconférence avec ses collègues conseillers départementaux, Brigitte Klinkert a rendu un vibrant hommage aux héros du quotidien, à "cette extraordinaire chaîne de solidarité qui s'est construite au fil des semaines autour des malades et des soignants. Nous travaillons d'ores et déjà pour le "jour d'après", a t-elle souligné avant de poursuivre :"ce n'est qu'en laissant les collectivités locales agir, entreprendre et innover plus librement, que notre pays sera à la hauteur des véritables défis du 21ème siècle." Lire l'intégralité du discours ci-dessous.

Cela n’aura échappé à aucun d’entre vous, notre séance n’a rien d’habituel. Dans les faits, rien n’est plus habituel dans la vie de notre Département depuis plusieurs semaines. C’est avec courage que nous devrons accompagner et construire l’après

J’espère que chacune et chacun de vous se porte bien, ainsi que tous ceux qui vous sont chers. J’adresse mes vœux de rétablissement et de santé à ceux de nos collègues et agents qui ont été frappés par la maladie.

Avant de continuer, j’aimerais que nous rendions hommage aux victimes et aux héros de cette terrible crise.

Chers collègues, je vous rappelle que les drapeaux du Conseil départemental sont en berne. J'invite chacun de vous, où il se trouve, avec tout son cœur et sa compassion, à observer une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes de l’épidémie et en solidarité avec leurs proches. Ayons une pensée pour les élus qui nous ont quitté et plus particulièrement notre ami Jean-Marie ZOELLE et pour sa famille.

Je vous remercie. A présent, j'aimerais aussi que nous applaudissions tous ces héros du quotidien qui font l’honneur et la fierté de l’Alsace : Personnels soignants, personnels des EHPAD et des services d’aide à domicile, agents du service public, pompiers, policiers, militaires, salariés des supermarchés, artisans, commerçants, routiers, entreprises solidaires et mobilisées, associations, citoyens, et tant d'autres.

Voilà des années que nous parlions tous dans nos discours de l’humanisme alsacien et rhénan.

Cette Alsace solidaire, vibrante et bouleversante qui a pris les choses en main dès les premières heures, est bien une réalité. A travers ces héros, elle le démontre tous les jours depuis plusieurs semaines. Alors applaudissons-les en guise de remerciement.

La dernière fois que nous nous sommes réunis, c'était le 6 mars dernier, déjà dans des conditions particulières, puisque nous avions été contraints de siéger à huis-clos.

Ce jour-là, notre pays comptait exactement 613 patients atteints du coronavirus et déplorait 9 décès et le Haut-Rhin passait au stade 2 renforcé avant tout le pays. Sept semaines plus tard, ce dramatique compteur affiche près de 118 000 cas identifiés et, hélas, plus de 21.000 personnes décédées à l'échelle nationale.

Nous le savons tous, l'Alsace paie un lourd tribut à cette maladie avec un nombre très important de décès dans les hôpitaux et structures pour personnes âgées.

Notre département a été, quant à lui, l'un des premiers foyers nationaux de l'épidémie. Aujourd'hui, il présente une surmortalité globale de 128%. Un taux qui monte à 175% pour la population âgée de 75 à 84 ans.

Je suis malheureusement certaine que tous les Haut-Rhinois ont été touchés, soit dans leur chair, soit dans leur cœur, durant cette terrible période.

Nos pensées les plus chaleureuses les accompagnent dans cette épreuve. D'autant plus que leur mobilisation contre cet ennemi invisible va encore devoir continuer, même si des signes encourageants apparaissent.

Dès le début de cette crise sanitaire sans précédent, et tout particulièrement au plus fort de la vague, nous nous devions d'être présents aux côtés de nos concitoyens et de ceux qui les soignent, qui les protègent et qui les accompagnent au quotidien.

Présents, nous l'avons été. Et nous le serons encore jusqu'au bout de la crise.

Pas seulement parce que le mot "solidarité" est inscrit en tête de nos compétences et que nous mettons un point d'honneur à les exercer en toute circonstance. Mais aussi et surtout, parce que l'esprit de solidarité est profondément gravé dans notre ADN humaniste et que nos politiques s'inspirent de cette phrase d'Albert Schweitzer : "Celui à qui la souffrance est épargnée doit se sentir appelé à soulager celle des autres".

- "Solidarité" avec les Haut-rhinoises et les Haut-rhinois, cela impliquait au minimum de continuer à assurer nos missions essentielles, notamment à l'égard des personnes les plus fragiles et les plus vulnérables.

Grâce à un Plan de Continuité de l'Activité rapidement mis en œuvre et remarquablement piloté par notre Direction Générale des Services, nos équipes sont restées mobilisées, malgré les mesures de confinement,

  • Soit sur le terrain, dans le strict respect des consignes de protection, bien entendu,
  • Soit en télétravail à partir de leur domicile.

A cet égard, permettez-moi, chers collègues, de remercier en votre nom, toutes nos collaboratrices et tous nos collaborateurs pour leur mobilisation de tous les instants, et pour leur engagement si précieux à nos côtés.

- "Solidarité" avec les Haut-rhinoises et les Haut-rhinois, cela impliquait aussi de savoir dépasser nos compétences traditionnelles et de mener des actions volontaristes, souvent dictées par l'urgence, en soutien :

  • Des patients, de leurs soignants et de leurs aidants,
  • Mais aussi de nos aînés et de leurs proches,
  • De nos collégiens et de leurs familles,
  • De nos entreprises et de leurs salariés,
  • De nos associations et de leurs membres,
  • De nos collectivités partenaires et de leurs administrés.

Je ne souhaite pas revenir ici et maintenant sur chacune de ces actions. Elles vous sont toujours communiquées au fil de leur mise en œuvre et font systématiquement l'objet d'une large diffusion à destination du public.

Certaines de ces actions seront d'ailleurs abordées à l'occasion de tel ou tel rapport inscrit à l'ordre du jour de cette séance.

D'autres initiatives suivront dans les prochains jours et dans les prochaines semaines, notamment afin d'accompagner au mieux nos concitoyens et nos partenaires lors de la sortie progressive du confinement, annoncée pour le 11 mai prochain par le Président de la République.

C'est le cas, par exemple, de notre programme d'acquisition de 770.000 masques destinés à tous les Haut-rhinois et fabriqués exclusivement en Alsace. Une opération que nous menons en partenariat étroit avec les intercommunalités haut-rhinoises et le Pôle Textile Alsace, et qui me donne l'occasion de remercier Nicolas JANDER, ainsi que le Président de l'Association des Maires du Haut-Rhin, pour leur forte implication dans cette démarche.

Ce qu'il me tient surtout à cœur de partager avec vous au cours de ce rapide propos introductif, chers collègues, c'est cette conviction profonde, et aujourd'hui encore renforcée, qu'il ne peut y avoir de véritable "solidarité", au sens le plus large de ce terme, qu'avec une réelle "proximité". 

Car, on l'a encore vu durant ces dernières semaines, seule la proximité est en mesure de garantir l'indispensable réactivité et l'impérieuse efficacité de l'action publique. Surtout quand les circonstances rendent cette action cruciale, voire même vitale.

Durant cette crise sanitaire, notre proximité se traduit de deux façons :

  • D'abord, par notre parfaite connaissance des besoins de nos concitoyens et de toutes les forces vives de nos territoires. Tout simplement parce que nous sommes leurs interlocuteurs quotidiens. C'est en particulier pour cette raison que notre collectivité est étroitement associée à l'Etat et à ses services dans la gestion de cette crise.
  • Ensuite, second atout de notre proximité, c'est notre très grande capacité à mobiliser nos partenaires, qu'ils soient alsaciens ou transfrontaliers.

Rappelons-nous ainsi, par exemple, de ces opérations éclairs que nous avons menées pour collecter, puis pour distribuer des équipements de protection aux soignants et aux professionnels prioritaires, c'est à dire, à ce jour, près de 330.000 masques, plus de 9.000 litres de gel hydroalcoolique et quelques 75.000 ponchos.

Rappelons-nous aussi et surtout des transferts de patients en direction des hôpitaux suisses et allemands qui ont permis de désengorger nos hôpitaux surchargés. Ils ont été rendus possibles grâce aux relations privilégiées que nous entretenons avec nos collectivités voisines depuis plusieurs années.

Je tiens à en remercier très chaleureusement le Minister-Präsident du Land de Bade-Wurtemberg, ainsi que les autorités des cantons de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne et du Jura. Nous avons sans doute posé là, l'une des plus belles pierres fondatrices du Schéma de Coopération Transfrontalière dont l'adoption relèvera de la CeA.

Cette proximité, synonyme de réactivité et d'efficacité, sera encore l'un de nos atouts essentiels dans les temps à venir, notamment :

  • Quand il s'agira d'accompagner nos entreprises dans la relance de l'activité économique. Et je suis déjà en discussion pour cela avec les différentes branches professionnelles
  • Quand il s'agira d'aider nos associations à retisser du lien social,
  • Quand il s'agira d'aider nos établissements à rouvrir leurs portes sur le monde extérieur,
  • Quand il s'agira de soutenir nos collectivités partenaires dans la réalisation d'opérations d'investissement,
  • Et quand il s'agira de rouvrir les frontières. A cet égard, sachez que je suis en contact avancé avec les autorités allemandes et suisses pour faciliter, le plus rapidement possible, le passage de nos travailleurs frontaliers. Certains d'entre eux doivent faire un détour de 60 kilomètres aller-retour, pour finalement attendre une heure à la frontière avant d'être contrôlé. Ceci n'est pas tenable et le sera encore moins quand l'activité reprendra.

C’est dans ce sens aussi que j’ai formulé plusieurs propositions hier, lors du Comité de Coopération franco-allemande, mis en place par le Traité d’Aix‑la‑Chapelle.

Oui, nous travaillons d'ores et déjà pour le "jour d'après", chers collègues. Les rapports inscrits à l'ordre du jour de cette séance le démontrent. Et d'autres suivront, je peux vous l'assurer. Et ce, dès la prochaine réunion de la Commission Permanente où il vous sera proposé de créer, en liaison avec le Conseil départemental du Bas-Rhin, un fonds de solidarité d’urgence au bénéfice de nos associations alsaciennes.

Avant d'aborder ces rapports, et pour conclure mon propos, j'aimerais partager avec vous un constat extrêmement rassurant et positif, celui de cette extraordinaire chaîne de solidarité qui s'est construite au fil des semaines autour de nos malades et de nos soignants.

Le Conseil départemental du Haut-Rhin a été l'un des maillons essentiels de cette chaîne, et ce, grâce à votre mobilisation, chers collègues, et celle de l'ensemble de nos collaboratrices et collaborateurs. Grand merci à toutes et à tous pour cet exceptionnel engagement.

Je veux aussi vous faire part d'un sentiment profond qui s'est encore considérablement renforcé en moi, à l'occasion de cette crise : Ce n'est qu'en laissant les collectivités locales agir, entreprendre et innover plus librement, que notre pays sera à la hauteur des véritables défis du 21ème siècle.

Car ce sont véritablement elles qui permettent au mieux de conjuguer proximité, réactivité, efficacité et solidarité.

Ce sont là, je vous le rappelle, quelques-uns des principes qui nous ont conduits à créer la Collectivité Européenne d'Alsace qui naîtra le 1er janvier prochain. Une nouvelle collectivité alsacienne dont la pertinence et la cohérence se révèlent aujourd'hui avec encore plus d'évidence.

En attendant, j'ose espérer que Paris saura tirer tous les enseignements de cette crise et se souvenir de l'action déterminante des élus locaux et des collectivités de proximité.

J'ose espérer également qu'on nous fera pleinement confiance, et qu'en réponse aux courriers adressés récemment aux Ministres Jacqueline GOURAULT et Sébastien LECORNU, on nous permette de sortir du carcan de la loi NOTRe en mettant en place une clause de compétence générale dérogatoire pour une période exceptionnelle de 6 à 12 mois.

Nul ne pourrait comprendre en effet que le Gouvernement refuse de s'appuyer sur l'énergie et les moyens des collectivités et des acteurs locaux, pour sauver le tissu économique, associatif, culturel et sportif de notre pays.

Je vous remercie.