Séance Pénière du Conseil départemental du Haut-Rhin : le discours de Brigitte Klinkert

Publié le
ven, 19/06/2020 - 11:00
La gestion de la crise du Covid-19 a démontré la pertinence de nos priorités, celles que nous mettons en œuvre depuis le début de notre mandat, que nous poursuivons aujourd'hui, et que la Collectivité européenne d'Alsace développera à son tour dès le 1er janvier prochain. Lire le discours de la Présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin.

Je suis vraiment très heureuse de pouvoir vous retrouver, pour la très grande majorité d'entre vous, de façon réelle et personnelle, après plusieurs semaines de réunions et d'échanges en mode confiné et virtuel.

Je souhaite également une très cordiale bienvenue à celles et à ceux de nos concitoyens qui nous font le plaisir de suivre notre réunion par écran interposé, grâce aux réseaux sociaux. Nous sommes bel et bien réunis en "séance publique", chers collègues, malgré les mesures de protection qui doivent encore être observées.

Avant toute chose, je tiens à adresser mes plus chaleureuses félicitations à l'ensemble des maires de notre département qui ont été élus ou réélus à la tête de leur commune, à la suite du 1er tour des élections municipales.

En votre nom à toutes et à tous, je leur souhaite pleine réussite dans la conduite de leurs projets, et me réjouis d'ores et déjà de nos prochaines collaborations.

Mes encouragements vont tout particulièrement, bien entendu, à celles et ceux d'entre vous qui ont accédé à cette fonction. Avec une mention toute particulière pour Pascale SCHMIDIGER et Pascal FERRARI dont c'est le premier mandat en tant que premiers magistrats, respectivement de SAINT-LOUIS et de BITSCHWILLER-LES-THANN.

Toutes mes félicitations à vous, chers collègues.

L'ordre du jour de cette séance porte sur des décisions très attendues en cette période si sensible, mais aussi sur deux étapes budgétaires incontournables de notre collectivité, à savoir l'adoption du compte administratif 2019 et la première décision modificative pour 2020.

Ces rapports budgétaires, nous avons mis un point d'honneur à les inscrire dans un calendrier normal des travaux de notre assemblée, et ce, malgré le contexte difficile de ces derniers mois.

Je tiens à vous en remercier tout particulièrement, chers collègues, ainsi que notre Direction Générale des Services et toutes nos équipes, car c'est ensemble que nous avons réussi à assurer la marche normale de notre collectivité, tout en lui faisant jouer un rôle fondamental dans la gestion de la crise sanitaire sans précédent que notre pays, et tout particulièrement l'Alsace, viennent de traverser.

C'est en effet grâce à vous toutes et à vous tous, élus et collaborateurs, que nous avons pu mener cette véritable "révolution démocratique" qui a permis de concilier l'indispensable collégialité de nos décisions avec l'impérative sécurité de nos délibérations, tout en garantissant leur réactivité, leur proximité et leur efficacité.

Grand merci pour votre engagement sans faille au service des Haut-rhinoises et des Haut-rhinois !

La terrible épidémie de la Covid-19 semble s'éloigner, et avec elle, la peur et la douleur qui ont tant meurtri nos concitoyens.

Même si la prudence et la vigilance doivent absolument rester de mise, il nous faut affronter les conséquences économiques et sociales qui résultent de cette dramatique période. Nous le faisons déjà depuis plusieurs semaines et nous continuerons à le faire dans les prochains temps. Naturellement. Evidemment.

Avant cela, je souhaite procéder ce matin avec vous, chers collègues, à un premier bilan de cette crise sanitaire, et en tirer les premiers enseignements.

Le premier de ces enseignements, c'est celui de la pertinence et de la cohérence de l'échelon alsacien dans la gestion de cette épidémie et de ses conséquences.

Au risque de me répéter, je suis persuadée qu'il a été l'un des principaux garants de la réactivité, de la proximité et de l'efficacité de l'action publique durant ces dernières semaines.

  • D'abord, à travers l'accompagnement et le soutien que nous avons pu apporter aux acteurs de première et de deuxième lignes. Toutes celles et tous ceux qui ont porté notre pays à bout de bras au plus fort de la crise et au plus haut de la vague épidémique.
  • Ensuite, à travers l'adoption de mesures urgentes pour une relance rapide de notre économie. Je ne rappellerai pas le détail de nos deux plans "Territoire actif et solidaire" qui ont mobilisé les ressources disponibles pour soutenir les acteurs économiques et associatifs engagés dans la reprise de l'activité. Deux plans que je vous propose de compléter aujourd'hui par la création d'un Fonds alsacien d'urgence pour le secteur touristique, doté de près de 5 M€.
  • Enfin, à travers la prochaine élaboration d'autres plans qui sont actuellement en phase de négociation avec de nombreuses filières professionnelles, et qui constitueront autant de leviers d'action supplémentaires pour amortir les effets de la crise et pour contribuer à relancer l'économie alsacienne.

Si de telles initiatives ont été rendues possibles, chers collègues, c'est grâce aux marges de manœuvre budgétaires que nous avons su dégager par la mise en œuvre d'un modèle de gestion qui ne cesse de faire ses preuves par sa rigueur, ainsi que par son volontarisme.

Un modèle de gestion qui, au-delà de ses vertus financières, permet de garantir une haute qualité de service public et un fort niveau d'intervention dans tous nos territoires.

C'est justement cette gestion "à l'alsacienne" dont les effets bénéfiques sont retranscrits dans le Compte Administratif 2019 soumis à votre approbation ce matin, et illustrés par le "rapport d'activité des services" qui l'accompagne.

En voici, très sommairement résumés, les éléments principaux, ceux d'un pacte budgétaire conclu avec les Haut-rhinois en septembre 2017 et encore pleinement respecté aujourd'hui :

  • Maintien d'une fiscalité au plus bas depuis cinq ans,
  • Maîtrise de la dette et de l'emprunt, ainsi que des charges courantes,
  • Malgré cela, développement des investissements opérationnels dans les territoires,
  • Et renforcement de nos politiques prioritaires, notamment en faveur de la solidarité, de la jeunesse, des associations et de nos collectivités partenaires.

Le deuxième enseignement que je souhaite retirer de la crise sanitaire, peut se traduire dans cette belle phrase du sociologue Edgar MORIN : "Le virus nous a rappelé à notre humanité et à notre condition d'êtres profondément sociaux, inséparables les uns des autres".

Oui, je suis convaincue que l'épidémie nous a aidés à distinguer la valeur des vraies "choses de la vie" : les rapports humains, les liens familiaux, la solidarité, la santé, mais aussi l'importance de l'éducation, le souci de l'environnement, le courage d'entreprendre, le besoin de se cultiver, et tant d'autres.

Cette crise a ainsi démontré la pertinence de nos priorités, celles que nous mettons en œuvre depuis le début de notre mandat, que nous poursuivons aujourd'hui, et que la Collectivité européenne d'Alsace développera à son tour dès le 1er janvier prochain.

Ce sont nos priorités parce que l'humain, la famille, la solidarité, l'épanouissement de chacune et de chacun dans un environnement préservé, font partie des valeurs alsaciennes à la fois naturelles et probablement éternelles.

La prise en compte de ces priorités est encore au centre des décisions que je vous propose de prendre aujourd'hui, à la fois, par l'approbation de la DM1 2020, mais aussi par l'adoption de rapports importants, comme par exemple :

  • L'aide renforcée aux EHPAD qui, dans la continuité de notre Plan Seniors, porte de 11.000 € à 21.000 €, le montant maximal de subvention accordée par place au sein de ces établissements, soit une économie de 1.000 € par an pour les familles et une amélioration sensible de la qualité de vie des résidents.
  • Autre exemple : Le dispositif des 100 jobs d'été "Jeunes Solidaires". Il vient compléter les nombreuses actions que nous menons déjà pour l'insertion professionnelle des jeunes, et permettra à nos 18-25 ans, directement impactés par les conséquences de la crise, de trouver une activité rémunérée et une première expérience dans des associations des secteurs de l'insertion et de l'aide alimentaire. Il s'agit donc d'une démarche citoyenne "gagnant-gagnant" pour la jeunesse et pour la société, entièrement financée par notre collectivité.
  • Dernier exemple que je souhaite évoquer : Le nouvel élan apporté à la politique GERPLAN qui depuis exactement 20 ans, constitue l'un des piliers de notre stratégie de protection du cadre de vie et de développement de l'agriculture locale. Les nouvelles orientations que je vous propose d'adopter, permettront à cette politique de s'inscrire dans la perspective de la création de la Collectivité européenne d'Alsace, et ainsi, de répondre encore mieux aux enjeux environnementaux de ce siècle.

Le troisième et dernier enseignement essentiel qu'il me semble pouvoir tirer de la séquence Covid-19, c'est l'importance fondamentale - pour l'Alsace et pour les Alsaciens - du développement des relations avec nos voisins allemands et suisses. Oui, je dis bien une importance fondamentale, cruciale, qui peut même s'avérer vitale, comme l'ont démontré les événements tragiques des dernières semaines.

Je crois pouvoir vous dire qu'à cette occasion, notre territoire, celui du Rhin Supérieur, n'a jamais autant justifié sa dénomination de "bassin de Vie". Car des vies, il y en a eu beaucoup qui ont pu être préservées, voire même sauvées, grâce à l'amitié qui nous réunit de part et d'autre du Rhin. Ce Rhin qui justement, "unit tout", selon Victor Hugo.

Préserver des vies, sauver des vies, voilà probablement les plus beaux défis pour tout être humain. Et sans doute, la vocation la plus noble de tout mandat d'élu.

Je pense que nous pouvons être fiers d'y avoir contribué en favorisant la prise en charge de nombreux patients alsaciens dans les hôpitaux allemands et suisses. Mais je sais que c'est surtout le sentiment du devoir accompli qui nous habite aujourd'hui, notamment à la lecture des témoignages émouvants qui nous sont parvenus de la part de personnes dont la vie a pu être sauvée.

Dans ce domaine de la coopération transfrontalière, il nous faut aussi, impérativement, prendre en considération les enseignements de la crise.

Je rappelle que cette compétence sera l'un des piliers opérationnels de la CeA. Et c'est peut-être un signe positif du destin que la réouverture des frontières tant attendue, soit enfin intervenue le 15 juin, soit tout pile à J-200 de la création de la nouvelle collectivité.

La fermeture des frontières avec nos voisins et amis, parlons-en justement. Je pense que vous partagez mon point de vue, chers collègues : Cela ne devra plus jamais se produire. Tout au moins, pas dans ces conditions.

Ici, en Alsace, mais aussi dans le Pays de Bade ou du côté de BÂLE, la frontière n'est absolument pas vécue de la même façon qu'à PARIS ou à BERLIN. Car ici, la frontière, ce n'est pas une barrière qu'on peut décider d'abaisser du jour au lendemain. Ce sont des ponts que des milliers de citoyens doivent emprunter chaque jour, notamment pour des raisons professionnelles.

Fermer une frontière, cela revient donc à entraver gravement le développement économique de tout un territoire, celui du Rhin Supérieur. Cela revient aussi à porter un grave coup à l'amitié franco-allemande et à la construction européenne.

Car ici, c'est bel et bien l'Europe du quotidien que nous vivons et partageons, celle des citoyens et des entreprises.

Je me suis donc engagée depuis plusieurs jours, et notamment ce mercredi devant la commission "Europe et affaires internationales" du Landtag de Bade-Wurtemberg, dans la promotion d'une gestion commune et régionalisée des frontières, ainsi que d'une véritable coopération sanitaire entre l'Alsace et son Land voisin.

Cette collaboration se traduira notamment par la mise en place de projets de recherche et d'enseignements transfrontaliers. Mais elle se concrétisera aussi et surtout, par une harmonisation des pratiques médicales et hospitalières afin de simplifier les futurs transferts de patients par-delà le Rhin, y compris en-dehors de toute crise sanitaire. Car mieux se comprendre, c'est pouvoir mieux se soutenir

C'est justement sur un dossier important de la coopération transfrontalière que je souhaite conclure mon propos en amont de cette séance.

Vous le savez, chers collègues, nous sommes à une dizaine de jours de l'arrêt du second réacteur de la centrale de Fessenheim.

Ce mardi, lors de la réunion du Bureau exécutif, mais aussi hier matin, devant la Mission d'information parlementaire pour le suivi de la fermeture de la centrale, j'ai fortement insisté sur la nécessité impérieuse de faire de ce territoire, un modèle de reconversion industrielle et énergétique au cœur du Rhin Supérieur. Un modèle de reconversion pour l'Europe de demain.

Les enjeux en terme de retombées économiques et d'emplois sont essentiels, et les potentialités de cette zone située à deux pas de la Suisse et de l'Allemagne, absolument incontestables. Notamment pour des projets de "reconstruction économique, écologique et solidaire" encore évoqués par le Président de la République dans son allocution du14 juin dernier.

Un premier pas important est en train d'être franchi, à savoir la signature d'ici fin juin, de l'accord pour le financement des études de la ligne ferroviaire COLMAR-FREIBURG qui contribuera de façon essentielle à la desserte de la future zone d'activités franco-allemande.

A présent, il est grand temps de passer à la vitesse supérieure. Les prochains mois devront permettre d'enregistrer des avancées concrètes, porteuses d'activité économique et créatrices d'emploi.

Plus que jamais, j'en appelle donc à l'Etat de respecter les engagements qu'il a pris en termes opérationnels et financiers.

Dans ce dossier si important pour l'avenir de l'Alsace, comme dans bien d'autres, je sais pouvoir faire confiance à notre ambition partagée et à notre engagement déterminé.

La gestion de l'épidémie Covid-19 a encore démontré la capacité de notre collectivité à s'adapter et à avancer encore et toujours. Albert EINSTEIN disait : "Au milieu de toute crise se trouve une grande opportunité". Je suis convaincue que nous saurons saisir une nouvelle fois cette opportunité, et en faire des grandes et belles choses pour l'Alsace.