Vers la Collectivité européenne d'Alsace Réunion commune 67-68 : discours de Brigitte Klinkert

Publié le
lun, 26/11/2018 - 16:00
"Nous avons su incarner le refus du statut quo, nous avons su faire taire la fatalité. Nous avons pris nos responsabilités. Nous avons travaillé jour et nuit, nous avons négocié jusqu’à la dernière seconde en ayant à chaque instant l’intérêt des Alsaciens chevillé au cœur et au corps". Lire l'intégralité du discours de Brigitte Klinkert

Mesdames et Messieurs les Conseillers départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec émotion que je m’exprime devant vous toutes et tous aujourd’hui à l’occasion de cette réunion commune, la première depuis celle du 3 février 2017 à l’occasion de laquelle nos deux assemblées avaient pris l’engagement de tout faire pour la renaissance institutionnelle et politique de l’Alsace. Je me souviens qu’alors peu d’observateurs avaient pris notre déclaration au sérieux et que ceux qui pensaient que nous pourrions un jour aboutir n’étaient pas légion.

Une vingtaine de mois plus tard la réalité est implacable : en février 2017, l’Alsace était un souvenir, en novembre 2018 elle est redevenue un horizon palpable. Nous sommes à un moment particulier pour l’Alsace. 5 ans après l’échec du référendum,
3 ans après la dissolution de l’Alsace dans le Grand Est. Quelques semaines après les célébrations du centenaire du retour de l’Alsace à la France et à quelques mois des élections européennes si fondamentales pour l’avenir du projet européen.

Nous avons su incarner le refus du statut quo, nous avons su faire taire la fatalité. Nous avons pris nos responsabilités. Nous avons travaillé jour et nuit, nous avons négocié jusqu’à la dernière seconde en ayant à chaque instant l’intérêt des Alsaciens chevillé au cœur et au corps.

Avec les Accords de Matignon signés le 29 octobre dernier l’Alsace est de retour et elle est de retour par la grande porte :

  • L’Alsace avait disparu, elle va renaître
  • L’Alsace était niée dans ses particularités, elles sont reconnues
  • L’Alsace n’avait plus de moyens d’actions, elle va être dotée de compétences spécifiques et particulières. Ce qui est proposé par le Gouvernement fera de l’Alsace une collectivité unique en France. Comme l’a dit le Premier ministre, c’est du « cousu main » pour l’Alsace.

Nous voulions que l’Alsace fasse l’objet d’une loi, il y aura une loi et nous serons vigilants à chaque instant jusqu’à son adoption afin qu’elle soit la juste et fidèle traduction juridique, technique et budgétaire de l’accord que nous avons signé et nous travaillons avec le Gouvernement à sa rédaction. Nous voulions le maintien des Préfectures de Colmar et Strasbourg, là aussi nous avons obtenu gain de cause.

Le droit à la différenciation territoriale, dans le cadre de la réforme constitutionnelle, permettra d’aller encore plus loin et d’obtenir un second bloc de compétences, mais cette première étape est déjà fondamentale. Nous pouvons toutes et tous en être heureux et fiers.

Qui aurait imaginé, il y a 2 ans ou il y a quelques mois seulement encore, que nous en soyons là ? Personne n’y croyait et pourtant la mobilisation des Alsaciens a permis de rendre à l’Alsace son existence politique et institutionnelle avec une collectivité sur mesure, unique en France, avec des compétences sur mesure et de vraies avancées concrètes et symboliques pour nos concitoyens.

Le désir, le besoin d’Alsace venant des citoyens, des associations, des élus locaux, des acteurs socio-économiques, des acteurs culturels et sportifs, des territoires, a su faire bouger les lignes. Mais à cet instant je tiens également à m’adresser à vous chers collègues pour vous dire ma profonde reconnaissance. Si Frédéric BIERRY et moi-même avons eu l’honneur de mener cette mobilisation nous n’avons été que les porte-voix de notre mobilisation collective. Sans l’engagement fort de l’immense majorité de nos Conseillers départementaux et sans cette union inédite et indéfectible qui unit à présent Bas-Rhin et Haut-Rhin nous n’aurions jamais pu aboutir à ce résultat.

Le travail n’est pas fini, au contraire il commence. Nous avons maintenant 2 ans pour construire cette collectivité.

Pierre PFLIMLIN aimait à dire « Je suis Européen parce que je suis Alsacien ». Cette citation fait écho à un extrait du dernier ouvrage de Sylvain TESSON qui affirme « Je crois à la perfusion de la géographie sur nos âmes ». Oui la géographie a perfusé nos âmes françaises d’un idéal européen indestructible et c’est une chance pour la France. La Collectivité européenne d’Alsace donne corps à cette réalité avec des avancées majeures.

Cette collectivité sera chef de file de la coopération transfrontalière, une première en France, avec un rôle de territoire d’expérimentation du nouveau Traité de l’Elysée, elle sera pilote des politiques de bilinguisme, de tourisme et de culture. Elle se verra transférer les routes nationales non concédées, dont l’A35 et pourra mettre en place un mécanisme de régulation du trafic. Des projets fondamentaux sont inscrits, à l’image de l’après Fessenheim ou encore de la liaison ferroviaire Colmar-Freiburg.

Les associations culturelles, sportives et socio-professionnelles auront le choix de s’organiser à l’échelle de l’Alsace et l’Alsace pourra à nouveau apparaître sur les plaques minéralogiques et dans les statistiques nationales. En résumé, l’Alsace est de retour sur la carte de France et l’Alsace qui était une périphérie française redevient un cœur européen, le cœur européen de la France.

L’Alsace demain, ce sera un territoire qui compte, avec près de 2 millions d’habitants, plus de 2 milliards d’euros de budget.

Concrètement avec la Collectivité européenne d’Alsace : vous ou vos enfants vous trouverez plus facilement un emploi, grâce à l’apprentissage de l’allemand, grâce à l’arrivée de nouvelles entreprises dans le cadre de la stratégie transfrontalière et du droit d’option, vos déplacements seront plus faciles et sûrs, avec le mécanisme sur l’A35 mais aussi les nouvelles liaisons ferroviaires. L’Alsace va créer des chances et des opportunités pour toutes et tous et ce ne sont que quelques exemples.

C’est une collectivité qui suscite l’intérêt de la France entière, nous l’avons constaté dans l’ensemble des discours du Congrès de l’ADF à Rennes au début du mois. Nous pouvons toutes et tous en être fiers.

Il y a un passage très fort dans l’ouvrage de référence « Psychanalyse de l’Alsace » écrit par Frédéric HOFFET en 1951 : « L’Alsace est française, fidèlement française, mais elle est française autrement qu’on ne le voudrait. Tout est toujours autre en Alsace, comme tout est toujours autre dans la vie ». C’est à cette réalité particulière et complexe que les 2 années de mobilisation et d’engagement sans faille que nous venons de mener ensemble ont taché de répondre à chaque instant.

En effet, à l’heure d’une Europe à réinventer et d’un monde globalisé, être ouvert, être attractif, être compétitif sur le Rhin est plus que jamais un enjeu national et c’est ce que nous proposons avec le projet de Collectivité européenne d’Alsace.

L’Alsace doit retrouver sa vocation européenne et rhénane au service de la France et des Français. Les dernières années nous avons tourné le dos à nos atouts.
30 000 emplois à saisir dans les 15 prochaines années, 6 % de la balance commerciale alors que nous ne sommes que 3 % de la population… le potentiel est énorme pour la France si l’Alsace prend toute sa place dans l’espace rhénan.

La Collectivité européenne d’Alsace n’est pas un projet de rupture mais un projet d’apport, d’innovation. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais bien de réaliser un bond en avant.

Il y a bien sûr des enjeux politiques de court et moyen termes, mais n’oublions pas que le sujet qui nous réunit aujourd’hui nous dépasse. Nous les élus, nous passerons et serons oubliés de l’Histoire ; en revanche nous ne pouvions pas permettre qu’il en soit de même de l’Alsace et de sa vocation européenne au service de la République.

Notre responsabilité, notre devoir était de permettre la renaissance de l’Alsace et de la rendre inaliénable. Je crois pouvoir dire que par ce projet nous sommes en passe de remplir notre contrat. Avec Frédéric BIERRY, Nous tenions absolument à ce temps démocratique commun pour exprimer cette volonté commune.

Une volonté qui est sur le point de devenir réalité. Nous devons en prendre conscience et apprécier le chemin parcouru, sans évidemment ignorer ou sous-estimer celui qu'il reste à parcourir. Oui, cet espoir né dans toute la société alsacienne nous oblige, parce qu'il traduit non seulement le BESOIN de nos concitoyens de retrouver une Alsace institutionnelle, mais aussi et surtout, celui de voir se développer une Alsace fonctionnelle et opérationnelle. Une Alsace influente et performante, compétitive et compétente.

Nos deux assemblées vont EVIDEMMENT mettre en œuvre la part d'obligations qui leur incombe, en vertu de l'accord conclu avec le Gouvernement et en coordination avec les parlementaires, les élus locaux et la société civile.

De l’Outre-Forêt au Sundgau, de Saint-Louis à Saverne, de Haguenau à Mulhouse, de Ferrette à Riedseltz, de Strasbourg à Colmar en passant par Sélestat que vive l’Alsace, que vive l’Alsace de l’audace, l’Alsace de la proximité, l’Alsace de la solidarité, l’Alsace de la créativité.

Albert SCHWEITZER a écrit : "Dans l'action repose à la fois la sagesse et la confiance".  Oui, nous allons continuer à agir, car nous tenons plus que tout à la renaissance de l'Alsace. Et nous croyons en elle. C'est cette foi inébranlable qui nous a fait avancer jusqu'à aujourd'hui. Et c'est elle qui nous permettra d'aller au bout de ce processus dans l’union de nos diversités, dans l’union de nos volontés, dans l’union de nos énergies, dans l’union de nos cœurs et de nos consciences. Je vous remercie.